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Sommaire
I. AUX ORIGINES DU CONFLIT
A. DES CONFLITS D’INTÉRÊT AUX CRISES
B. LE DÉCLENCHEMENT DE LA GUERRE
II. LE DÉROULEMENT DU CONFLIT
A. ÉCHEC DE LA GUERRE DE MOUVEMENT ET MONDIALISATION DU CONFLIT
1. L'illusion de la guerre courte
2. La guerre des tranchées à l'ouest
3. La mondialisation du conflit
B. LA FIN DE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE
1. Les révolutions russes (février et octobre 1917)
2. Les derniers assauts allemands et la victoire de l’Entente
III. LE BILAN DU CONFLIT
A. LE BILAN MATÉRIEL ET HUMAIN
1. Bilan matériel
2. Bilan humain et moral
B. UN NOUVEL ORDRE INTERNATIONAL ?
1. Une volonté de refondation : les principes wilsoniens et la SDN
2. Les traités de paix
3. La Société des Nations (SDN)
Introduction
Chronologie p.126-127- En 1914, l'attentat de Sarajevo produit une onde de choc qui embrase le continent européen. L'illusion d'une guerre courte et localisée se dissipe rapidement : la guerre s'enlise, implique de nouveaux acteurs, se répand sur les différents continents, mobilise des armes nouvelles, sur terre, sur mer et dans les airs.
Quelles sont les causes, les grandes étapes et les conséquences de la Première Guerre mondiale ?
I. Aux origines du conflit
A. Des conflits d’intérêt aux crises
Au début du XXe siècle, les ambitions de l’Allemagne de Guillaume II (empereur de 1888 à 1918), inquiètent le Royaume-Uni, notamment par ses progrès industriels et l’essor de sa flotte de guerre. Les intérêts allemands se heurtent également à ceux de la France, lors d’une crise au Maroc en 1905 et en 1911 -alors que les relations des deux pays sont déjà tendues depuis 1870...
Par ailleurs, les tensions sont vives dans les Balkans où l’effacement de l'Empire ottoman laisse le champ libre à de nouveaux États indépendants, mais aussi aux ambitions de la Russie et de l’Autriche-Hongrie. Une série de crises secoue la région (1908-1909, 1912, 1913), qui est en 1914 une véritable poudrière, prête à exploser à tout moment.
B. Le déclenchement de la guerre
La répétition et l'aggravation des crises internationales conduit au renforcement de deux blocs opposés :
- La Triple Alliance ou Triplice (Autriche-Hongrie, Italie, Allemagne).
- La Triple Entente (France, Royaume-Uni, Russie)
Le 28 juin 1914, en visite à Sarajevo (Bosnie), l'archiduc héritier d'Autriche-Hongrie, François-Ferdinand, est assassiné par un nationaliste panslave. L’Autriche-Hongrie décide de régler définitivement son compte à l’ambitieuse Serbie, alors leader de la cause panslave dans les Balkans. Le gouvernement austro-hongrois adresse le 23 juillet un ultimatum à la Serbie, puis lui déclare la guerre le 28 juillet. La Russie ne peut laisser écraser sans réaction son allié et décide la mobilisation générale le 30 juillet.
L'Allemagne déclare la guerre à la Russie le 1er août, et à la France le 3 août. Tandis que l'Italie refuse de soutenir ses alliés, le Royaume-Uni déclare la guerre à l'Allemagne le 4 août. En moins de deux semaines, la crise balkanique s'est transformée en un conflit généralisé.
II. Le déroulement du conflit
A. Échec de la guerre de mouvement et mondialisation du conflit
1. L'illusion de la guerre courte
En 1914, tous croient que la guerre sera brève : le plan allemand prévoit d'écraser la France en six semaines ; le plan français envisage une offensive en Alsace pour couper en deux l'armée allemande. Dès août 1914, les Allemands entrent en Belgique, envahissent le Nord de la France et se dirigent vers Paris. Mais les espoirs de guerre courte vont s’évanouir :
À l’Est, les Russes ont lancé en août une offensive en Prusse orientale, mais sont stoppés et commencent alors un recul qui ne va guère cesser jusqu'en 1917.
À l’Ouest, la bataille de la Marne (6-13 septembre 1914) arrête l'avancée allemande. En novembre 1914, les deux adversaires se stabilisent face à face, sur un front de 800 km de la mer du Nord à la frontière suisse.
2. La guerre des tranchées à l'ouest
Désormais, les troupes s'enterrent dans des tranchées. C’est la fin de la guerre de mouvement, et le début de la guerre de position C'est une expérience pénible, sans hygiène, marquée par l’omniprésence de la mort. Si le patriotisme, l’esprit de camaraderie et la haine de l’ennemi, ainsi qu’une très forte contrainte, permettent aux troupes de « tenir », la Grande Guerre est aussi marquée par des contestations pacifistes et des mutineries.
Quelques grandes offensives sont tentées. Précédées par de puissantes préparations d'artillerie, ce sont de sanglantes et vaines boucheries, qui échouent : celles des Français et des Anglais en Artois et en Champagne en 1915, celle des Allemands sur Verdun, de février à juin 1916 (un million de morts dans les deux camps), la contre-offensive française sur la Somme la même année...
3. La mondialisation du conflit
Devant l'échec des offensives, chacun des deux camps se trouve de nouveaux alliés et puise dans les ressources de l’Empire :
- Les Empires centraux reçoivent l'aide de l'Empire ottoman (1914) et celle de la Bulgarie (1915).
- L’Entente reçoit l’appui du Japon (1914), de l'Italie (1915), de la Roumanie (1916), de la Grèce, de la Chine et des États-Unis en 1917.
- Si on ajoute les combattants des Empires anglais et français, nous avons une guerre « mondiale ».
II en résulte une extension des théâtres d’opération :
- En Extrême Orient, le Japon, allié des Britanniques, attaque les possessions allemandes du Pacifique (Îles Marshall, Carolines, Mariannes).
- En Afrique, les Franco-Anglais s'emparent des colonies allemandes (Togo, Cameroun, Sud-Ouest africain allemand).
- Au Moyen-Orient, les Anglais lancent des offensives contre les possessions ottomanes d’Irak et de Palestine, et sur le détroit des Dardanelles.
B. La fin de la Première Guerre mondiale
1. Les révolutions russes (février et octobre 1917)
En août 1914, la Russie apparaît comme une puissance de premier plan, mais elle se révèle en fait un « colosse aux pieds d'argile ». La guerre précipite la chute du régime impérial.
En mars 1917 (février pour le calendrier russe qui retarde de 13 jours sur le nôtre), se produisent dans la capitale Petrograd des émeutes provoquées par la faim. Discrédité, le tsar abdique au profit d’un gouvernement provisoire. Ce gouvernement prend un certain nombre de mesures libérales (liberté d’opinion, de presse, de réunion) et sociales (égalité devant la loi, droits syndicaux, journée de 8 heures), mais reste sourd à l’exigences du peuple, le partage des terres et la conclusion d'une paix immédiate.
Pour Lénine, le moment est venu de faire sa révolution. Il revient en Russie en avril 1917[1] et publie les « Thèses d'avril » : refus de la guerre, confiscation des terres des grands domaines, nationalisation des banques et des usines. Dans la nuit du 6 au 7 novembre 1917 (24 au 25 octobre pour le calendrier russe), les bolcheviks s'emparent des points stratégiques de la capitale, sans faire une seule victime. Au matin, Kerensky, le chef du gouvernement provisoire, s'enfuit. Le parti bolchevik a conquis le pouvoir, et adoptent immédiatement deux décrets : le « décret sur la terre » qui abolit la grande propriété foncière et remet les terres aux paysans, et le « décret sur la paix », sans annexion ni indemnité. Mais Lénine sera contraint de signer la paix de Brest-Litovsk (mars 1918), par lequel la Russie perd 800 000 km² de territoires (Finlande, Pays baltes, Russie blanche, Ukraine, Pologne...).
2. Les derniers assauts allemands et la victoire de l’Entente
Victorieuse à l'Est, l'Allemagne peut reporter tout son effort sur le front occidental pour l’emporter. Une véritable course de vitesse s’engage. Alors que l'Allemagne est au bord de la famine et de l’asphyxie économique, l’aide en matériel et en hommes des Américains commence à se faire sentir en 1918.
Entre mars et juillet 1918, l’Allemagne lance quatre offensives sur la Somme, en Flandre, au Chemin des Dames, en Champagne. Elles sont repoussées par le général français Foch, qui conduit la contre-offensive. Militairement vaincu, au bord de l'effondrement économique, l’Empire d’Allemagne s’effondre avec la révolution du 9 novembre 1918 : la République est proclamée, et le 11 novembre 1918, c'est le gouvernement de la nouvelle République allemande qui signe l'armistice...
III. Le bilan du conflit
A. Le bilan matériel et humain
1. Bilan matériel
Les pertes matérielles sont considérables, particulièrement pour les pays qui ont servi de champ de bataille durant le conflit : France du Nord et de l’Est, Belgique, Pays-Bas, Italie du Nord-Est, Serbie, Roumanie, Russie… Dans certaines régions, tout est en ruines (maisons, ponts, routes, usines…), et les sols sont devenus incultivables.
La situation financière de l’Europe en 1918 est très grave : les États ont dû emprunter pour financer la guerre puis pour reconstruire. Les États-Unis sont devenus le principal créancier de l’Europe. La Grande Guerre accélère le déplacement du centre de gravité économique mondial de l'Europe vers les États-Unis.
2. Bilan humain et moral
La guerre a coûté à l’Europe 10 millions de morts et 6 millions d'invalides. Avec 1,4 millions de tués ou disparus (10% de la population active masculine) et 1 million d'invalides, 60 000 amputés et « gueules cassées », la France est le pays le plus durement frappé, proportionnellement à sa population. La guerre a également entraîné un déficit de naissances, les hommes en âge de procréer étant au front, et quand ils y sont morts, leur disparition entraîne pendant des années de dizaines de milliers de naissances en moins, les « manque à naître ». Ce nouveau type de conflit fait vivre aux sociétés et aux individus l’expérience de la mort de masse et de la « brutalisation ».
B. Un nouvel ordre international ?
1. Une volonté de refondation : les principes wilsoniens et la SDN
Début août 1914, quand la guerre éclate en Europe, les États-Unis affirment leur neutralité. Finalement, le 6 avril 1917, ils entrent en guerre en riposte à la guerre sous-marine à outrance conduite par l’Allemagne à partir du 1er février 1917. Par ailleurs, le président Wilson est persuadé que la communauté internationale doit être reconstruite sur de nouvelles bases, et qu’il appartient à l’Amérique de montrer le chemin -au nom de la « destinée manifeste »[2] mais aussi pour leur propre sécurité. D’où les « quatorze points », présentés au Congrès le 8 janvier 1918, porteurs d’une révolution dans la politique étrangère des États-Unis, mais aussi dans les relations internationales.
2. Les traités de paix
Le traité de Versailles est signé le 28 juin 1919. 27 pays participent, mais il a en fait été rédigé par Vittorio Orlando pour l'Italie, David Lloyd George pour la Grande-Bretagne, Woodrow Wilson pour les États-Unis et Georges Clemenceau pour la France.
Le traité de Versailles concerne avant tout l’Allemagne, que les vainqueurs voulaient punir et rendre inoffensive. Elle perd 20% de son territoire, 10% de sa population, toutes ses colonies, et sa capacité militaire est fortement réduite. Les clauses financières du traité sont dures. Déclarée responsable de la guerre, elle est contrainte à verser de lourdes réparations.
Le traité de Saint-Germain, signé le 10 septembre 1919, qui établit la paix entre l'Autriche-Hongrie et les pays alliés, est extrêmement sévère pour l'Autriche, littéralement dépecée et contrainte comme l'Allemagne, à payer des réparations.
Le traité de Sèvres (11 août 1920) ôte à l'Empire ottoman ses territoires arabes confiés sous forme de mandats à l'Angleterre (Mésopotamie, Palestine) et à la France (Syrie), tandis que l'Arabie devient indépendante.
3. La Société des Nations (SDN)
Créée, en 1919, à l'initiative du président américain Wilson (14e « point »), la Société des Nations est destinée à maintenir la paix dans le monde (art.11) et à garantir la sécurité collective ; ses États membres se garantissent réciproquement leur indépendance politique et leur intégrité territoriale (art.10) ; ils s'engagent à ne pas recourir à la guerre et, en cas de différend, à demander l'arbitrage de la SDN (art.12, 13 et 15) ; en cas de guerre ou de menace de guerre, la Société doit fixer les mesures capables de sauvegarder la paix et doit, pour les faire respecter, utiliser au besoin des sanctions militaires, économiques et financières (art.16). Malgré ses ambitions, la S.D.N. perd dès sa naissance l'appui du pays qui a le plus contribué à la créer, les États-Unis, dont le Sénat refuse de ratifier le traité de Versailles (20 novembre 1919).
[1] Quand éclate la révolution de février 1917, Lénine est encore en exil en Suisse.
[2] Destinée manifeste : idée selon laquelle la nation américaine avait pour mission divine de répandre la démocratie et la civilisation vers l'Ouest. Née dans les années 1840 (annexion du Texas), l’expression évolue au fil du XXe siècle au fur et à mesure de l’affirmation de la puissance étatsunienne. Cf. W. Wilson : « Je crois que Dieu a présidé à la naissance de cette nation et que nous sommes choisis pour montrer la voie aux nations du monde dans leur marche sur les sentiers de la liberté »


